Neige au Soleil
« Au revoir... » Souffla-t-elle en baissant les yeux.
Une larme perla à son ½il couleur d'azur. Les petits sons stridents et rythmés qui sortirent de l'appareil lui indiquèrent qu'il avait raccroché. Elle reposa le combiné doucement. D'autres larmes s'ajoutèrent progressivement à la première.
Elle se leva, prit la cafetière et se servit une tasse de café. Elle alla s'installer à la table du salon mais ne but pas. Elle contemplait la neige qui tombait, à la fenêtre. Il lui sembla que l'eau qui roulait sur ses joues était elle aussi glacé. Son c½ur tout entier n'était plus qu'un bloc de givre craquelé. Plongeant son regard bleu transparent et froid dans sa tasse fumante, des fragments de souvenirs lui revinrent...
Quatorze Août. Une terrasse de café ensoleillé. Sa robe en voile rouge voletant dans la bise matinale, elle prend un petit déjeuner luxueux. Il la regarde en souriant. Il lui prend la main et ferme les yeux. Elle fait de même, sentant le vent lui caresser doucement les joues.
« Je t'aime, Noémie. »
Une violente crise de sanglots lui fit lâcher sa tasse qui se brisa sur le carrelage bleu pâle. Lâchant un juron, elle alla chercher un mouchoir puis entreprit de ramasser les débris de l'objet.
Vingt-cinq Août. Une crique abandonné. L'eau est transparente, chaude et le soleil s'y reflète par endroits. Ses longs cheveux blonds lumineux volètent autour d'elle. Il l'éclabousse, ses éclats de rire résonnent. Le sable est brûlant. Elle se laisse tomber dedans et profite des rayons chauds qui viennent effleurer sa peau moite. Un goût de sel sur ses lèvres.
« Je t'aime, Noémie. »
La neige ne s'arrêterait donc jamais ? Elle ramena ses cheveux dans son dos et se blottit dans le fauteuil en cuir blanc. Elle n'avait pas le courage de passer la serpillière. Plus tard. Pour l'instant, elle ne voulait plus rien. Juste oublier... Ses yeux délavés se posèrent sur le petit meuble gris de la cuisine. Un petit sourire se dessina lentement sur son visage trempé par les larmes.
Treize Septembre. Une chambre d'hôtel tapissée de rose. Elle fait son sac. Elle retourne à Paris, le week-end est fini. Elle est un peu triste, mais elle sait qu'elle le reverra très bientôt. Il lui adresse un sourire radieux depuis le lit où il est encore allongé. Elle dépose un baiser sur ses lèvres. Lorsqu'elle va refermer la porte, elle entend :
« Je t'aime, Noémie. »
Elle parvint enfin à déboucher la bouteille. Les senteurs du rhum blanc flottèrent vers les narines de la jeune femme. Elle eu un léger frisson. Elle porta le goulot à sa bouche et but.
Vingt Octobre. Ils se rencontrent dans la rue. Le soleil la fait cligner des yeux. Ils s'enlacent, puis elle lui prend le bras. Le son de sa voix. La lumière que filtrent les branches des arbres. Ils s'assoient sur un banc. Cela fait plus de six mois qu'ils se connaissent, et maintenant, elle en est sûre, c'est l'homme de sa vie. Il lui donne une petite boîte. Dedans, il y a une bague. Bien que ce ne soit pas nécessaire, il lui murmure à l'oreille :
« Je t'aime, Noémie. »
Une étrange sensation d'hilarité lui vint. La neige ne tombait plus. Un épais manteau blanc recouvrait le jardin. Elle lâcha la bouteille qui se brisa elle aussi. Elle poussa un cri puis prit sa tête entre ses mains glacées.
Neuf Novembre. Le téléphone sonne.
« Allô ?
- Oui, bonjour madame, ici le médecin en chef de la compagnie des urgences. Votre fiancé, David Hermin, à été victime d'un accident de la route. Je suis désolé de vous annoncer la malheureuse nouvelle, mais... »